Gestion pratique

Partenaire de choix : le patient

Isabelle Paré et Christiane Larouche  |  2017-08-29

Les années 2000 étaient celles de l’approche centrée sur le patient, qui visait à responsabiliser le patient par rapport à sa santé tout en donnant davantage de considération à son vécu pendant la maladie ou les soins. Les années 2010 pour leur part sont celles de l’approche du patient partenaire qui exige la participation des patients dans leurs soins. Bien qu’il soit toujours responsable de sa santé, le patient partenaire occupe désormais une place centrale au sein de l’équipe traitante. Il y est reconnu comme un joueur important par son savoir expérientiel, et ce, au même titre que le médecin, l’infirmière et tout autre professionnel de la santé engagé dans son cheminement de soins.

Mme Isabelle Paré, Ph. D., est conseillère en politique de santé et chercheuse à la FMOQ. Me Christiane Larouche, avocate, travaille au Service juridique de la FMOQ.

Dans le cadre du travail d’équipe, le patient devient donc un membre à part entière de l’équipe. Sa contribution pourra non seulement porter sur ses propres soins de santé, mais également sur la conception, la modulation et l’évaluation des soins rendus par l’équipe dans son ensemble.

Patient partenaire

Qu’est-ce que l’approche du patient partenaire ? Un patient partenaire est un patient qui participe activement aux décisions relatives à son plan de traitement en collaboration avec l’équipe soignante. Il est un acteur central de son présent et de son avenir. À la passivité caractéristique de l’approche médicale traditionnelle, où le patient écoutait et suivait les conseils de son médecin, le patient partenaire est, par son cheminement et son expérience dans la maladie, partie prenante des décisions qui le concerne. L’expérience du patient devient une source de « savoir » tout aussi valide que le savoir scientifique de l’équipe soignante et lui est complémentaire.

Selon Karazivan et coll., « les savoirs expérientiels des patients sont réellement complémentaires aux savoirs scientifiques du médecin : on parle alors d’une coconstruction de savoirs »1. Le partage de savoirs différents est la clé d’un partenariat réussi. Les sphères de connaissances différentes sont reconnues, valorisées et imbriquées les unes dans les autres afin d’orienter de façon optimale le traitement du patient.

Toutefois, force est de constater que chaque patient est différent et dispose d’un parcours de vie unique, que ce soit sur le plan de la scolarité, de l’éducation, de la capacité à s’informer, à prendre des décisions, à participer au processus de soin, etc. Prendre part à un tel processus n’est pas une chose naturelle pour le patient. Il y a une réelle gestion du changement à faire, car le nouveau rôle attendu du patient est aux antipodes de ce qu’il était jusqu’à récemment. Le patient devra ainsi être guidé afin de s’intégrer positivement au sein de l’équipe, comprendre son rôle et développer ses aptitudes afin que le processus soit intégrateur. Désormais, pour trouver une solution à un problème de santé, il faut agir ensemble.

Tableau

Comment ça marche?

Présentement, l’approche du patient partenaire prévaut surtout dans les établissements, notamment auprès des patients ayant un cancer ou encore atteints de maladies chroniques. Des initiatives misant sur des approches patient partenaire se développent en première ligne et doivent s’intensifier. La Faculté de médecine de l’Université de Montréal est d’ailleurs fort active dans la formation des étudiants et la diffusion de l’approche dans ses milieux de soins2. Dans un sondage mené auprès de 37 centres de santé communautaire et de personnes œuvrant dans ce domaine, plusieurs exemples de participation des patients ont émergé3. Le tableau illustre différents rôle tenus par le patient partenaire en soins de première ligne.

Outre la participation directe du patient dans ses soins, l’ex­périence du patient partenaire peut aussi être mise à contribution pour améliorer les soins. Afin de poser les bases d’un partenariat efficace, Pomey et coll. proposent d’avoir recours à des patients-ressources, c’est-à-dire des patients qui ne sont plus malades ou dont la maladie est stable4. Les patients ont ainsi le recul nécessaire pour échanger sur leur expérience, repérer les problèmes et les difficultés vécus au cours de leur cheminement et proposer des améliorations. En échangeant, ils pourront guider l’équipe soignante dans ses interventions auprès des patients et optimiser la mise sur pied d’une structure de partenariat entre les patients atteints d’un problème ciblé et l’équipe soignante.

Changement dans la façon de pratiquer

Les dernières années ont été riches en changement dans la pratique médicale de première ligne ! L’informatisation des cabinets, l’accès adapté, le travail en interprofessionna­lisme et, maintenant, la création d’un partenariat avec les patients. Tout changement apporte forcément son lot d’adaptations. Le recours à une approche de partenariat avec le patient peut changer le travail actuel du médecin de famille. Certains mettent déjà de l’avant ce type de relation où le patient est davantage partie prenante de ses soins. Chose certaine, comme il est désormais facile de s’informer grâce aux nouvelles technologies de l’information et que les patients sont plus soucieux de leur santé, l’approche du patient partenaire est vouée à une popularité certaine et exigera du médecin de famille qu’il s’adapte de nouveau ! //

Bibliographie

1. Karazivan P, Dumez V, Lebel P et coll. Le patient partenaire de soins : un atout pour le médecin ! Montréal : Médecins francophones du Canada. Site Internet : http://www.medecinsfrancophones.ca/publications/articles/interdisciplinarite/patient-partenaire-dumez.fr.html (Date de consultation : le 28 mai 2017).

2. Faculté de médecine. Direction collaboration et partenariat patient. Montréal : Université de Montréal. Site Internet : https://medecine.umontreal.ca/faculte/direction-collaboration-partenariat-patient/ (Date de consultation : le 13 juin 2017).

3. Institut canadien pour la sécurité des patients et coll. Le guide canadien de l’engagement des patients en matière de sécurité. Ottawa : l’Institut ; 2017.

4. Pomey MP, Flora L, Karazivan P et coll. Le « Montreal Model » : Enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de la santé. Santé publique 2015 ; 27 (1) : 41-50.