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La médecine familiale pour les résidents ? L’incertitude

Emmanuèle Garnier  |  2017-08-28

Le Dr Christopher Lemieux, qui a été réélu président de la Fédération des médecins résidents du Québec, est inquiet pour la médecine familiale. « Cette année, on se questionne beaucoup sur la valorisation de cette spécialité. Pour nous, c’est important. On a l’impression que depuis quelques années le gouvernement, avec les changements qu’il a apportés, met cet objectif de côté. »

Dr Lemieux

Les derniers résultats du Service canadien de jumelage des résidents (CaRMS) sont d’ailleurs éloquents : 56 des postes en résidence sont restés vacants en médecine familiale. En médecine spécialisée, seulement deux. L’objectif d’obtenir 55 % d’admissions en résidence en médecine familiale contre 45 % en spécialité semble de plus en plus illusoire.

« On avait l’impression que, depuis deux ou trois ans, on com­mençait à atteindre cet objectif. Depuis dix ans, les universités ont fait beaucoup d’efforts pour promouvoir la médecine familiale. Mais avec tous les changements qu’a faits le gouvernement, certains étudiants en médecine ont maintenant peur de ce domaine », affirme le Dr Lemieux.

Depuis deux ans, les règles régissant les AMP, les PREM et les PEM ont été complètement bouleversées. « L’année dernière, les AMP prioritaires étaient en prise en charge. Si un jeune médecin voulait travailler à l’hôpital, il devait obtenir une dérogation », rappelle le Dr Lemieux.

Puis, changement à 180 degrés dans certaines régions. En juin dernier, à Québec, certaines urgences manquent d’effectifs. Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale réagit en offrant en priorité des postes dans différentes urgences, de Québec jusqu’à La Malbaie.

Les règles sont modifiées ainsi constamment. « C’est un gros problème parce que le sort de ceux qui entrent en médecine familiale varie avec les décisions politiques », déplore le président.

Manque d’information concernant les postes offerts

L’une des plus grandes sources d’anxiété pour les résidents en médecine familiale concerne le poste qu’ils décrocheront à la fin de leur formation. L’an dernier, ils n’ont eu l’information concernant les PREM qu’après le début de la période où ils pouvaient poser leur candidature qui allait du 15 octobre au 15 novembre. « Les résidents devaient donc postuler sans savoir si la clinique ou les secteurs qui les intéressaient étaient disponibles. Cela entraîne un stress énorme ».

Le Dr Lemieux espère que la situation sera corrigée. « Cette année, on nous a promis que toutes les informations seraient accessibles dès le 1er septembre sur le site Internet du Ministère pour les finissants de juin 2018. »

Des propos blessants

Le ministre de la Santé lui-même n’a pas contribué à valoriser la médecine familiale auprès des résidents. En juin dernier, Le Journal de Montréal rapportait ses propos fracassants : « Au Québec, un médecin de famille qui sort de l’université a de la misère à prendre en charge 300 patients. Un médecin français va venir et va en prendre 1500 sans aucun problème. »

Ces paroles ont heurté les résidents en médecine familiale. « Ce sont des commentaires qui ne sont aucunement appréciés et qui ne nous permettent pas de motiver nos futurs médecins de famille. Les résidents ont choisi la médecine familiale par intérêt. Le fait que le ministre de la Santé les traite de cette façon-là ne crée pas un climat de travail favorable. »

En outre, la perspective de voir arriver cent omnipraticiens français ne réjouit pas non plus les résidents. « Ces médecins-là prendraient des postes à Montréal, à Québec, en Montérégie et dans les Laurentides qui sont des régions prisées par nos membres. Cela entraîne une frustration chez nos résidents. »

Le choix d’une carrière en médecine familiale n’est ainsi pas facile. « Dans l’ensemble, les résidents de ce programme sont dans l’incertitude, mais ils disent quand même : “C’est toujours ce que j’ai voulu faire dans ma vie. Il arrivera ce qu’il arrivera, et je vais faire avec”. Plusieurs ont des doutes concernant leur choix, parce qu’ils ne savent pas ce qui va se passer quand ils auront terminé. On l’a vu : en deux ans, les choses changent énormément. » //