Dossiers spéciaux

Rémunération des médecins

une révision qui paraît incontournable... et nécessaire

Claudine Hébert  |  2018-06-29

Peu importe les pays occidentaux, la maîtrise des coûts de santé et le souci de tirer le meilleur parti des ressources consacrées à la rémunération des médecins constituent des enjeux importants. Or, est-ce que la rémunération des médecins constitue un levier de transformation et d’amélioration des soins de santé ?

Jean-Louis denis

« Une question simple dont la réponse s’avère très complexe », a précisé le conférencier Jean-Louis Denis, professeur au Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le design et l’adaptation des systèmes de santé et chercheur au centre de recherche du CHUM. M. Denis est venu présenter au congrès syndical de la FMOQ les résultats d’une étude, menée avec une dizaine de chercheurs, sur la rémunération des médecins.

Cette étude, a-t-il précisé, a porté sur la rémunération des médecins au cours des quarante dernières années au Canada et dans d’autres pays occidentaux, telle la Grande-Bretagne. « Dans l’ensemble, les résultats de notre étude soutiennent l’importance d’une approche stratégique et nuancée en matière de rémunération des médecins. Ils soulignent également l’importance de penser ces politiques dans le contexte spécifique d’un système de santé et en fonction des problèmes et des cibles prioritaires d’amélioration », a indiqué le professeur Denis.

Et que dit cette étude ?

Que ce soit à l’acte, à salaire, par capitation ou par capitation ajustée, les modèles de rémunération, a-t-il poursuivi, ont une capacité à produire des effets sur l’offre, la demande, l’organisation et le financement des soins ainsi que sur la performance des systèmes de santé. « Pourtant, la prudence demeure quant à l’interprétation de ces effets », a-t-il averti. L’équipe de M. Denis a constaté que les modèles de rémunération informent peu sur les répercussions de la rémunération des médecins sur la santé de la population et sur l’adéquation des mesures de qualité clinique adoptées avec les besoins des patients. « Selon le contexte et les objectifs visés, notre analyse nous montre que les effets d’un même modèle de rémunération peuvent varier et ainsi être favorables ou non, discordants ou cohérents », a-t-il fait remarquer.

Certes, l’alignement recherché entre des objectifs précis et certains modèles de rémunération semble plausible. Cependant, la promotion systématique d’un modèle au lieu d’un autre reste difficile sans une analyse fine de la réalité d’un système de santé, a mentionné le professeur Denis.

Une combinaison des modèles de rémunération entraîne plus souvent une superposition qu’une substitution des modèles, a constaté l’équipe de chercheurs. « Pourtant, la mixité des modèles de rémunération reste l’option privilégiée pour équilibrer les avantages et les désavantages des modèles de rémunération des médecins. Il demeure toutefois difficile de statuer sur une configuration optimale », concède le professeur Denis.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

À ce jour, a-t-il observé, le régime de négociation n’a pas permis d’étendre le dialogue afin de permettre des innovations maîtrisées en matière de rémunération des médecins en vue d’atteindre des objectifs prioritaires d’amélioration du système de santé. Les principales parties prenantes que sont le gouvernement et les instances représentatives des médecins ont d’ailleurs leur part de responsabilité dans cette situation.

Il importe, a-t-il dit, de poursuivre les travaux sur la rémuné­ra­tion des médecins. « Il faut continuer à analyser les politi­ques de rémunération en s’assurant, de un, que le soin offert et son paiement sont adéquats et, de deux, que les effets observés sont cohérents sur plusieurs plans (clinique, systémique, sociétal) ». En fait, a-t-il enchaîné, la question de la rému­nération des médecins doit être abordée en tenant compte non seulement du statut de la profession médicale, mais aussi de son caractère de profession publique, de la rémunération des autres professions et du profil moyen de rémunération dans une société donnée. Bref, le repositionnement de la question de la rémunération des médecins paraît incontour­nable et nécessaire. //

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