Nouvelles syndicales et professionnelles

Symptômes urinaires chez l’homme

une nouvelle approche standardisée

Élyanthe Nord  |  2024-02-01

Une intervention reposant sur un livret destiné aux patients permettrait à ces derniers de réduire dans une certaine mesure leurs symptômes urinaires.

LValiquette

Le patient qui souffre de symptômes urinaires comme l’incontinence ou des mictions impérieuses ne peut-il être traité que par le médecin ? Un autre professionnel de la santé ne pourrait-il pas le prendre en charge à l’aide d’une approche standardisée ? Une étude britannique publiée dans le British Medical Journal vient de montrer que ce type de formule peut donner des résultats intéressants1.

L’essai clinique TRIUMPH (Treating Urinary Symptoms in Men in Primary Healthcare) a évalué une intervention effectuée par des infirmières et des aide-soignantes à partir d’un livret de conseils remis à des patients atteints de problèmes urinaires. Au bout d’un an, les hommes qui avaient bénéficié de cette approche présentaient des symptômes un peu moins graves que ceux qui n’avaient reçu que les soins habituels du médecin.

Des explications, des conseils et des exercices

Le cœur de l’intervention est un manuel d’une trentaine de pages intitulé Helping You Control Your Waterworks : Guidance on urinary symptoms for men (Problèmes de tuyauterie ? Petit guide à l’usage des hommes ayant des problèmes urinaires) (https://bit.ly/4aysole).

Conçu pour l’étude, le livret a été réalisé en collaboration avec des professionnels de la santé, des patients et des psychologues de la santé à partir des feuillets produits par la British Association of Urological Surgeons. Très pratique, il explique aux hommes l’appareil urinaire et les symptômes qu’ils peuvent avoir et indique les mesures à prendre pour :

  • éviter les fuites urinaires ;
  • maîtriser les besoins impérieux d’uriner ;
  • vider sa vessie le plus possible ;
  • éliminer les dernières gouttes d’urine ;
  • réduire la nycturie.
SympUri-Guide

Tous ces problèmes peuvent fréquemment être réglés par des exercices ou des techniques simples. L’égouttement après la miction en est un exemple. « J’ai souvent eu des consultations pour cette raison, affirme le Dr Luc Valiquette, urologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal et professeur titulaire à l’Université de Montréal. Le problème est causé par de l’urine emmagasinée dans le canal urinaire. Il suffit d'expliquer au patient qu’après la miction, il doit, avec sa main, faire une bonne compression du périnée, sous le scrotum, puis pousser l’urine vers le pénis et le secouer après. » Le livret montre la technique à l’aide d’une illustration. Il indique également entre autres comment renforcer le plancher pelvien et s’entraîner à résister aux mictions impérieuses.

Le document est intéressant, estime le Dr Valiquette. « Il est bien fait et approprié pour les patients. Les conseils sont simples et clairs. Il est en anglais, mais serait un bon modèle pour un livret en français », affirme le spécialiste.

Évaluation du recours au livret

L’étude TRIUMPH a été menée par le Dr Marcus Drake, du Charing Cross Hospital, à Londres. Son équipe et lui ont recruté 1077 hommes, de 69 ans en moyenne, presque tous blancs, qui présentaient des problèmes urinaires en général de gravité modérée. Les sujets, qui avaient été traités en première ligne au cours des cinq dernières années, continuaient à avoir au moins un symptôme urinaire dérangeant. Ils pouvaient avoir des problèmes d’incontinence, de vidange vésicale incomplète, de mictions impérieuses, de gouttelettes résiduelles après la miction ou de nycturie.

Trente cliniques britanniques ont participé à l’étude. Elles ont été réparties au hasard en deux groupes : un premier (n = 13) où les participants recevaient les soins habituels d’un médecin pour leurs symptômes urinaires, et un second où était faite l’intervention avec le livret (n = 17).

Les participants du groupe expérimental (n = 524) rencon­traient par la suite soit une infirmière de la clinique, soit une aide-soignante, soit une infirmière de recherche qui évaluait leurs problèmes urinaires et discutaient avec eux. Ils devaient, avant la consultation, avoir tenu un journal de leurs symptômes.

La professionnelle de la santé remettait ensuite à l’homme le livret et lui montrait quelles sections s’appliquaient à son cas. Elle lui indiquait un maximum de trois chapitres et les lui marquait avec un autocollant. Elle appelait ensuite le participant la semaine suivante pour faire un suivi et communiquait avec lui de nouveau quatre et douze semaines plus tard par texto, courriel ou téléphone. Le sujet continuait parallèlement à voir son médecin. « Cette méthode a l’avantage de standardiser le traitement », mentionne le Dr Valiquette.

Dans le groupe témoin, les patients (n = 553) étaient traités pour leurs symptômes urinaires de la manière habituelle par leur clinicien. « L’approche thérapeutique peut être très variable d’un médecin à l’autre. Ce n’est pas homogène », souligne l’urologue.

Une approche différente

Le livret a-t-il été bénéfique aux hommes qui l’ont reçu ? Leurs problèmes ont diminué un peu plus que ceux du groupe témoin. Au bout de 12 mois, leur score international des symptômes de la prostate, qui va de 0 à 35, était inférieur de 1,81 (P < 0,001) à celui des autres sujets. La différence visée par les chercheurs était toutefois de 2.

Les patients du groupe expérimental ont également souffert d’un peu moins d’incontinence et percevaient une amélioration un peu plus grande de leurs symptômes au bout d’un an que les participants ayant eu les soins habituels. Leur qualité de vie concernant les symptômes urinaires était aussi légèrement plus grande. Il n’y a par ailleurs pas eu de différence statistiquement significative en ce qui concerne l’orientation des patients vers un spécialiste.

Le Dr Drake et ses collaborateurs jettent un regard positif sur leurs résultats, même si la différence entre les deux groupes n’est pas énorme. « Un nombre considérable d’hommes ont vu une réduction de leurs symptômes, des problèmes qui présentaient peu de risque et ne nécessitaient pas vraiment les soins du médecin », indiquent-ils.

Par ailleurs, le fait que l’intervention soit effectuée par une infirmière de la clinique, une aide-soignante ou une infirmière de recherche changeait peu les données. « Cela nous laisse penser qu’un traitement reposant sur un document adapté aux symptômes du patient, quel que soit le type de professionnel qui l’administre, aura un résultat intéressant. L’amélioration n’est peut-être pas aussi importante que ce que les chercheurs auraient aimé, mais on voit quand même une différence », affirme le Dr Valiquette.

Étant donné le vieillissement de la population, le manuel de l’étude TRIUMPH pourrait être un outil utile. Jusqu’à 30 % des hommes de plus de 65 ans présentent des symptômes urinaires. « Le traitement médicamenteux des symptômes urinaires chez les hommes suscite encore un grand intérêt, ce qui encourage peut-être les cliniciens à y recourir. Cependant, les hommes ont tendance à préférer un traitement plus classique et moins risqué, selon les données. L’étude TRIUMPH montre que la diminution des symptômes urinaires peut se maintenir à moyen terme quand on utilise du matériel écrit », indiquent les chercheurs. Leur approche, en outre, rend le patient plus autonome, favorise le travail interdisciplinaire et réduit la tâche du médecin.

bibliographie

1. Drake M, Worthington J, Frost J et coll. Treatment of lower urinary tract symptoms in men in primary care using a conservative intervention: cluster randomised controlled trial. BMJ 2023. 383 : e075219. DOI : https://doi.org/10.1136/bmj-2023-075219.