Le printemps est synonyme de renouveau et d’espoir. De souffle enfin retrouvé après ces longues semaines d’hiver et de froid polaire. Pourtant, ce printemps, dans le paysage médical québécois, c’est plutôt l’incertitude et la méfiance qui dominent.
Lors d’une rencontre récente avec les directeurs généraux des organisations médicales provinciales canadiennes, un constat frappant s’est imposé : la confiance entre les gouvernements et les médecins semble, dans l’ensemble, meilleure ailleurs au pays qu’au Québec. Dans les autres provinces et territoires, de manière générale, les parties négociantes semblent échanger dans un climat plus serein, plus constructif.
Ici, la réalité est tout autre. La confiance entre la FMOQ et le gouvernement fond comme neige au soleil d’avril. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir fait des appels répétés à la collaboration au cours des dernières années.
Les négociations en vue d’en arriver à un accord-cadre piétinent. Les mesures coercitives imposées aux médecins de famille — qui semblent se multiplier sans égard aux véritables enjeux — minent le moral des troupes et rendent la profession un peu moins attractive de jour en jour. Il suffit de regarder les résultats du premier tour du CaRMS : 91 postes sont déjà vacants en médecine familiale cette année au Québec, contre 87 l’an dernier. Une catastrophe !
Le Québec semble être la province où les obligations envers les médecins sont les plus contraignantes, sans pour autant que l’accès aux soins s’améliore de façon significative pour les patients. Pendant que d’autres provinces avancent dans un climat de respect mutuel et de collaboration, nous devons ici composer non seulement avec des contraintes infinies et une dévalorisation en règle, mais aussi avec des réformes laborieuses, des dédoublements entre le ministère et Santé Québec, une hausse considérable du nombre de cadres et des structures qui n’en finissent plus de grossir et de coûter cher. Mais il y a toujours moins d’argent pour les travailleurs, les professionnels et les services à la population.
Devant cette situation, que nous n’avons guère choisie ni cultivée, je propose le plus puissant remède qui soit : la confiance. Cette dernière doit être le socle de notre action collective. Si nous ne pouvons, pour l’instant, compter sur une confiance renouvelée avec le gouvernement, nous devons impérativement renforcer celle qui nous unit au sein de notre propre fédération, de notre profession.
Plus que jamais, la confiance doit régner entre les médecins de famille, entre les associations régionales d’omnipraticiens, entre les présidents de ces associations et envers la FMOQ. Nous devons nous serrer les coudes, affirmer notre solidarité, nous concerter et agir ensemble. Le consensus n’est pas toujours évident, mais il est indispensable si nous voulons défendre notre profession avec aplomb. La situation actuelle exige que nous soyons plus que jamais unis sur le terrain.
Nous savons que l’incertitude pèse lourd, que la paperasse est infinie, que les nombreuses contraintes de pratique vous affectent plus souvent qu’à votre tour. Et je tiens à le réitérer : l’équipe de la FMOQ travaille sans relâche à vos côtés à réduire ces contraintes. Mais si nous voulons continuer à défendre notre profession avec force et conviction, il est impérieux de se faire mutuellement confiance et de choisir ensemble les moyens d’avancer pour le bien des médecins de famille et donc des patients.
Le printemps est une saison d’affirmation, de mobilisation. C’est le moment de rappeler à tous que la médecine de famille est essentielle au Québec, désirée par la population et qu’elle mérite mieux que des politiques et des projets de loi qui l’affaiblissent continuellement. Elle mérite mieux que des réformes administratives à la chaîne. Elle mérite qu’on se concentre ensemble sur l’organisation optimale des soins.
L’histoire nous l’a montré, les moments de crise sont aussi, bien souvent, des moments de grande transformation. Ce printemps peut être un moment décisif, un élan vers un avenir plus sain, plus juste pour notre profession.
Le printemps est une promesse de renouveau. Ensemble, assurons-nous que ce printemps marque le renouveau de la confiance et d’une solidarité inébranlable.
Le 1er avril 2025
Président de la FMOQ, |