Nouvelles syndicales et professionnelles

Le don de cellules souches

une chaîne de solidarité au cœur des soins médicaux

Annie Labrecque  |  2025-04-01

La Semaine du don d’organes et de tissus aura lieu du 20 au 26 avril. La greffe de cellules souches est souvent moins connue. Comment change-t-elle la vie des patients ? Comment fonctionne le processus ?


Laplante

« J’arrivais en haut des escaliers au travail, complètement essoufflé », se souvient M. Yves Laplante, alors éclairagiste pour le Groupe TVA. Sa médecin de famille, la Dre Martine Guay, demande une série d’examens. Après plusieurs tests médicaux et une biopsie de la moelle osseuse, le diagnostic tombe : syndrome myélodysplasique, un cancer du sang qui perturbe la production normale de cellules sanguines.

Les traitements initiaux (chimiothérapie et transfusions) fonctionnent au début. Mais après un certain temps, ils ne suffisent plus pour maintenir M. Laplante en bonne santé. La greffe de cellules souches devient la seule solution permanente. L’intervention consiste à remplacer la moelle défaillante du patient par celle d’un donneur dont les cellules souches permettront la production de cellules sanguines et immunitaires saines.

Si autrefois les cellules souches étaient ponctionnées dans l’os du bassin, là où elles sont le plus concentrées, la méthode la plus courante aujourd’hui est l’aphérèse. Un appareil muni de cathéters prélève et filtre le sang du donneur pour en extraire les cellules souches, avant de lui réinjecter le sang restant, explique le Dr Imran Ahmad, hématologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.

« Environ 250 greffes de cellules souches ont lieu chaque année au Québec, dont environ 200 chez les adultes et une cinquantaine chez les enfants. À l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, nous en effectuons une centaine », précise le Dr Ahmad, qui a traité M. Laplante et pratique cette intervention depuis une vingtaine d’années (encadré).

Une quête internationale

Le traitement est enthousiasmant, mais encore faut-il trouver un donneur compatible. C’est là qu’intervient Héma-Québec, responsable de la gestion des dons de cellules souches entre donneurs et receveurs non apparentés. « Nous trouvons souvent un donneur compatible à l’étranger grâce au registre de la World Marrow Donor Association (WMDA). Si le donneur est en Italie, par exemple, nous transmettons à cette dernière la demande. C’est elle qui s’occupera d’acheminer les cellules souches jusqu’au patient québécois », explique Mme Corinne Grefford, conseillère en recrutement des donneurs à Héma-Québec. La WMDA compte plus de 30 millions de donneurs répartis dans une cinquantaine de pays.

M. Laplante, lui, a eu la chance de recevoir un don d’une Américaine d’une trentaine d’années, Mme Breland Moore, journaliste sportive à Philadelphie. Inscrite au registre Be The Match depuis 2016, elle avait pris la décision de devenir donneuse après avoir réalisé un reportage sur un jeune garçon atteint d’anémie aplasique, une histoire qui l’a profondément touchée.


Moore

Quelques années plus tard, elle reçoit un appel : elle est compatible avec un patient inconnu. Après un bilan de santé complet, elle entame le processus en recevant des injections sous-cutanées quelques jours avant le don afin de stimuler la production de cellules souches dans son sang. « C’était douloureux. J’avais l’impression d’avoir 1 000 ans et de ressentir l’intérieur de mes os. Mais ce n’était rien d’insurmontable. Je me disais que l’inconfort était temporaire et que si cela pouvait sauver une vie, même celle d’un inconnu, alors cela en valait la peine », confie Mme Moore.

Quelques jours après les injections, le prélèvement est effectué par aphérèse. On est alors en avril 2022. Dès la fin du processus, la douleur disparaît. Pendant ce temps, M. Laplante est hospitalisé pour recevoir une chimiothérapie intensive qui prépare son corps à accueillir la greffe et détruit les possibles cellules cancéreuses.

Grâce aux avancées des dix dernières années, le taux de succès des greffes s’est considérablement amélioré. Cependant, des complications restent possibles. « Lorsque l’on greffe des cellules souches, le patient acquiert le système immunitaire du donneur. Même si l’on s’assure de la compatibilité génétique avant la greffe, il peut y avoir des réactions immunitaires inattendues, comme la maladie du greffon contre l’hôte, où le système immunitaire du donneur se réveille et s’attaque à certains organes », indique le Dr Ahmad. Un autre risque est celui de rechute du cancer. Variant de 20 % à 80 %, il touche en particulier les malades atteints de leucémies aiguës.

Les médecins de famille, des partenaires essentiels


Ahmad

Les médecins de famille jouent un rôle clé dans le suivi des patients greffés, notamment en surveillant les risques de cancer. « Lorsqu’une personne a déjà eu un cancer, elle présente une probabilité légèrement accrue d’en avoir un autre en raison des traitements reçus », mentionne l’hématologue. Il recommande ainsi une visite annuelle chez le médecin et le dentiste, car les patients greffés sont plus susceptibles d’avoir des cancers des muqueuses, du tube digestif, de la peau et de la thyroïde. Le spécialiste ajoute que la santé cardiovasculaire peut aussi être plus fragile après une greffe, d’où l’importance de surveiller les signes d’hypertension, de diabète et de cholestérol.

Une rencontre inédite lors d’un match de hockey

M. Laplante, bientôt âgé de 70 ans, est en bonne santé depuis sa greffe et profite de la vie aux côtés de sa conjointe Diane. Un an après l’intervention, il a échangé ses coordonnées avec Mme Moore. « Aujourd’hui, je vais très bien. J’ai repris mes activités : je termine ma saison de bowling, je reprends bientôt le golf, j’ai commencé le gym et je pratique aussi la pêche et la moto, parfaites pour m’évader », lui a-t-il écrit dans une lettre.

En avril, tous deux auront l’occasion de se rencontrer pour la première fois lors d’un match du Canadien de Montréal contre les Flyers de Philadelphie. « C’est un magnifique don de vie. C’est un geste qui donne espoir à ceux qui en auront besoin », conclut M. Laplante, reconnaissant.

Les donneurs

Chaque année, une vingtaine de Québécois font don de leurs cellules souches dans un centre de transplantation. Toute personne de 18 à 35 ans en bonne santé peut s’inscrire au registre des cellules souches d’Héma-Québec, qui contient 57 000 donneurs potentiels. Le processus d’enregistrement est simple. « La personne reçoit une trousse, effectue un frottis buccal et le retourne dans une enveloppe préaffranchie. Il ne reste ensuite qu’à analyser le typage HLA, soit la signature génétique qui détermine la compatibilité, pour que le donneur soit enregistré dans le système », explique Mme Corinne Grefford d’Héma-Québec. L’organisme effectue des campagnes de sensibilisation dans les cégeps et les universités pour encourager les dons.


Donneur