Éditorial

Résistance et résilience

Marc-André Amyot | 1 janvier 2026

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Au moment d’écrire ces lignes, l’encre de l’entente de principe conclue entre la FMOQ et le gouvernement, à la toute fin de la session parlementaire, est à peine sèche. Cette avancée, bien que significative, devra encore être soumise au jugement des membres. Mais indépendamment du résultat du vote, une chose apparaît déjà clairement : la Loi 25 — initialement le projet de loi 2 — laissera des marques durables sur notre profession et sur le système de santé, déjà fragilisé par une pénurie persistante de médecins de famille.

Quel gâchis, tout de même… Les discussions constructives, les échanges fondés sur les données et la volonté d’améliorer durablement l’organisation des soins auraient pu avoir lieu bien avant l’adoption précipitée de cette loi sous bâillon. Depuis toujours, les médecins de famille ont choisi la collaboration. C’est dans notre ADN. D’autant plus que les médecins de famille, depuis des années, étaient favorables à la réforme de leur mode de rémunération. Nous n’avons jamais été des partisans du statu quo. Jamais. Cet immense psychodrame était somme toute évitable.

2025 : travailler en résistance

L’histoire retiendra qu’en 2025, les médecins de famille du Québec ont mené une résistance rigoureuse, constructive et profondément ancrée dans le terrain. Dès le printemps, alors que le gouvernement diffusait des données incomplètes et des récits simplificateurs, la FMOQ a procédé à une analyse sérieuse et documentée. Nous avons démontré que les médecins n’étaient ni désengagés ni paresseux, mais qu’ils travaillaient intensément, souvent à bout de souffle, et qu’ils avaient surtout besoin de renforts sur le terrain.

Durant l’été, pendant que le premier ministre évoquait la nécessité de « brasser » les médecins, nous avons, de notre côté, mis de l’avant des solutions concrètes pour améliorer l’accès et la continuité des soins. La FMOQ a défendu les travaux du comité d’experts mandaté par le gouvernement et endossé ses recommandations, lesquelles ont pourtant été écartées. Alors que le réseau avait besoin d’une réforme en profondeur de l’organisation des soins, on nous a plutôt imposé une réforme de structures, assortie de menaces.

À l’automne, face à l’imposition d’une loi difficilement justifiable sur le plan éthique, clinique et organisationnel, vous avez pris la parole. Avec conviction, clarté et humanité, vous avez exposé vos réalités, vos inquiétudes, mais aussi votre amour de la profession et votre profond attachement à vos patients. Vous avez occupé l’espace public avec dignité et éloquence. Vous avez fait une réelle différence pour vos patients et vos confrères et consœurs. Merci.

Au nom des générations futures de médecins de famille, cette résistance collective devra être retenue. Malgré les attaques et les tensions, nous sommes demeurés debout. Fidèles à nos patients. Fidèles à nos valeurs.

2026 : construire dans la résilience

L’année 2026 devra maintenant être celle de la reconstruction. Il nous faudra reprendre notre souffle, reconnaître les blessures laissées par la dernière année et retrouver une forme de paix professionnelle. Cela exigera maturité, solidarité et résilience — individuellement et collectivement.

Je pense aux résidentes et résidents en médecine de famille qui, encore récemment, envisageaient une réorientation ou un départ du Québec. Aux étudiants aussi. Ce serait un drame collectif de les voir partir. Nous devrons écouter, soutenir et inspirer. Leur dire, clairement, qu’ils sont essentiels. Et qu’ils sont attendus.

Je pense aussi à vous, collègues de la première et de la deuxième ligne, qui vivez parfois du découragement, de la fatigue ou du désengagement. La confiance devra être rebâtie — avec nos patients, trop souvent otages de décisions discutables, mais aussi avec les établissements et le gouvernement.

La suite exigera une mobilisation large : directions territoriales, doyens, autres spécialités, autres professionnels, résidents, étudiants. Ensemble, il faudra redonner ses lettres de noblesse à la médecine de famille et poser des gestes structurants pour accroître l’accès et maintenir une qualité de soins inégalée. Rien de durable ne se fera sans cela.

Enfin, rappelons-nous l’essentiel. Le cœur du système de santé restera toujours l’humain : celles et ceux qui soignent, et celles et ceux qui sont soignés. La relation, l’écoute et la continuité ne se décrètent pas par la technocratie ou la volumétrie. Elles se construisent sur le terrain, jour après jour.

Continuons, dignes et solidaires, de travailler ensemble pour nos patients, pour la médecine de famille et pour le bien commun.

Ensemble, nous étions.

Ensemble, nous sommes.

Et ensemble, nous resterons plus forts.

 

Le 01 janvier 2025

Marc-André Amyot

Président de la FMOQ,
Dr Marc-André Amyot