Les personnes nées avant la 37e semaine de grossesse obtiennent leur diplôme proportionnellement en plus petit nombre que celles nées à terme, tant au secondaire qu’à l’université. L’effet de la prématurité est toutefois moins important que celui de plusieurs facteurs socioéconomiques, et les enfants prématurés qui obtiennent leur diplôme au secondaire ont d’aussi bons résultats que les autres. Voilà les principaux constats d’une nouvelle étude de l’Université de Montréal réalisée avec les données provenant de tous les enfants nés prématurément au Québec de 1976 à 1995.
« On parle souvent des risques liés à la prématurité, mais il y a aussi une majorité d’enfants qui s’en sortent très bien. »
– Dre Thuy Mai Luu
« Il est bien connu que les enfants prématurés ont plus de défis que les autres à l’école primaire », explique la Dre Thuy Mai Luu, pédiatre au CHU Sainte-Justine. Si les études à court terme sur le sujet sont nombreuses, celles de grande envergure qui suivent tous les bébés prématurés sur une plus longue période sont toutefois rares. Et c’est ce que vient combler la nouvelle étude publiée dans le JAMA Network Open, qu’elle a dirigée avec la post-doctorante Tianna Loose et la professeure Sylvana Côté du Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine.
Suivre tous les bébés prématurés grâce aux données
Pour obtenir un portrait fidèle du parcours scolaire des enfants nés prématurément, les chercheurs ont constitué une cohorte populationnelle à partir du Registre des événements démographiques du Québec. Tous les enfants nés prématurés entre 1976 et 1995, de 23 semaines à moins de 37 semaines, ont été associés à deux individus nés à terme de la même année, du même sexe et du même type de grossesse (naissance unique, jumeaux). Ces informations ont ensuite été couplées à d’autres bases de données, notamment celles du ministère de l’Éducation, afin de retracer le cheminement scolaire des participants jusqu’à 43 ans.
Les données recueillies incluent les notes obtenues en 4e secondaire et 5e secondaire, l’obtention du diplôme d’études secondaires (DES) et d’un diplôme universitaire. « Nous avons aussi utilisé le code postal pour avoir un portrait des facteurs socioenvironnementaux », précise la Dre Luu.
En tout, les chercheurs ont analysé les données de 297 820 individus, dont le tiers était né prématurément. Ces derniers ont été classés en trois catégories : extrêmement prématurés (moins de 28 semaines), très prématurés (de 28 à moins de 32 semaines), puis modérément prématurés et prématurés tardifs (de 32 à moins de 37 semaines).
« Beaucoup d’enfants sont souvent perdus de vue dans les études de cohortes, et ce sont principalement les plus malades qui demeurent au sein de celles-ci par la suite. Ou encore, seul un plus petit groupe d’enfants privilégiés est suivi. L’originalité de cette étude est qu’elle offre un portrait de tous les extrêmes de la prématurité. Elle est aussi à l’échelle populationnelle, ce qui réduit les biais de sélection », note la chercheuse.
Un effet sur la diplomation, mais plus faible que d’autres facteurs
En général, les enfants extrêmement prématurés ont plus de risques de ne pas obtenir un diplôme d’études secondaires que ceux nés à terme (rapport de cotes [RC] de 1,8, intervalle de confiance [IC] à 99 % : 1,54-2,09, selon le modèle ajusté). L’effet est lié au degré de prématurité, puisque les enfants très prématurés ont aussi plus de risques de ne pas obtenir leur diplôme que les enfants nés à terme, mais dans une moindre mesure (RC de 1,34, IC à 99 % : 1,26-1,42). Il en est de même pour les enfants modérément prématurés et prématurés tardifs (RC de 1,16, IC à 99 % : 1,12-1,19). Des constats similaires ont été observés par rapport à l’obtention d’un diplôme universitaire (RC de 1,10 à 1,68, selon le niveau de prématurité).
Les chercheurs ont toutefois noté que l’effet de la prématurité sur la scolarité demeure relativement modeste lorsqu’on le compare à celui d’autres facteurs. « Oui, la prématurité joue un rôle, mais les conditions socioéconomiques pèsent encore plus lourd dans la balance », résume la Dre Luu.
La faible scolarité de la mère (RC de 2,92, IC à 99 % : 2,83-3,01) et le sexe masculin (RC de 2,65, IC à 99 % : 2,58-2,72) avaient par exemple un effet plus marqué sur le taux de diplomation au secondaire. Le fait d’appartenir à un quartier du quintile socioéconomique le plus bas comptait aussi davantage que le fait d’être un bébé très prématuré, modérément prématuré ou prématuré tardif (RC de 1,63, IC à 99 % : 1,58- 1,68).
L’effet sur l’obtention d’un diplôme collégial n’a toutefois pas été mesuré. Autre lacune à noter, l’obtention d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) n’a pas été tenue en compte dans le taux de diplomation au secondaire. « C’est quelque chose qui aurait été intéressant à connaître, car c’est un cheminement qui est tout aussi positif », réfléchit la pédiatre.
D’aussi bonnes notes
Parmi les enfants qui obtiennent leur diplôme d’études secondaires (DES), les résultats scolaires sont comparables à ceux des jeunes nés à terme. Les moyennes finales en 4e secondaire et 5e secondaire varient à peine entre les groupes : autour de 70 % pour tous. La différence entre les enfants extrêmement prématurés et ceux nés à terme (1,45 point de moyenne, selon le modèle ajusté) était statistiquement significative, mais négligeable. « Ce qui ressort, c’est que lorsqu’un enfant né prématurément parvient à franchir les étapes du parcours scolaire régulier, il réussit aussi bien que les autres », souligne la Dre Luu.
« Oui, la prématurité joue un rôle, mais les conditions socioéconomiques pèsent encore plus lourd dans la balance »
– Dre Thuy Mai Luu
Ce constat envoie un message d’espoir, selon elle, que les médecins peuvent rappeler aux parents inquiets. « On parle souvent des risques liés à la prématurité, mais il y a aussi une majorité d’enfants qui s’en sortent très bien. Parmi les enfants extrêmement prématurés, 60 % obtiennent tout de même leur DES, et ceux-là ont des résultats tout à fait comparables à leurs pairs nés à terme », observe la pédiatre. « Et les 40 % restants ne vont pas forcément mal non plus », précise-t-elle.
Pour la chercheuse, cela montre que les efforts de suivi et de soutien, particulièrement dans les familles vulnérables, peuvent porter leurs fruits : « Si on accompagne bien l’enfant, il peut très bien réussir. »
Bibliographie
1. Loose T, Collet O, Nuyt AM et coll. Long-term educational outcomes of individuals born preterm. JAMA Netw Open 2025; 8 (10) : e2534918. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2025.34918

