Éditorial

Panser nos blessures, penser notre futur

Marc-André Amyot | 1 février 2026

Télécharger cet article

Reproduction, adaptation ou distribution du PDF interdite.

L’année 2025 aura mis en lumière une réalité que plusieurs médecins de famille connaissent depuis longtemps : la médecine de famille au Québec demeure profondément méconnue. Méconnue par le politique, par l’appareil administratif, par les structures de gouvernance du réseau, et par le public. Son organisation, sa diversité de pratiques, ses contraintes bien réelles et sa valeur ajoutée sont trop souvent mal comprises.

Cette méconnaissance a mené à des décisions brutales, à des raccourcis dangereux, à une instrumentalisation politique de notre profession. La crise que nous venons de traverser n’est pas née d’un manque d’engagement des médecins, mais d’un déficit de compréhension du travail réel qu’ils accomplissent auprès de leurs patients. Un vrai bon ministre de la Santé ne réforme pas ce qu’il ne comprend pas. Et certainement pas en imposant.

L’entente de principe conclue en décembre, et que vous avez appuyée de façon massive, a permis de mettre un frein à cette dérive. Elle ne règle pas tout. Mais elle marque un retour indispensable au dialogue, à l’écoute et à une certaine humilité institutionnelle — à condition que ces éléments guident réellement les prochaines étapes.

Une mobilisation qui a tout changé

S’il fallait retenir une force indiscutable de 2025, ce serait la mobilisation exceptionnelle des médecins de famille et des présidents des associations affiliées de la FMOQ. Une mobilisation vraie, incarnée, parfois exigeante, mais profondé­ment responsable.

Vous avez pris la parole. Vous avez expliqué votre réalité. Vous l’avez fait dans les médias, auprès de vos élus, dans vos communautés. Et vous l’avez fait avec la Fédération. Merci. Cette mobilisation d’envergure a tout changé. Elle a démontré que la FMOQ n’est pas une structure éloignée du terrain, mais bien l’expression collective des médecins qui soignent, qui tiennent le réseau à bout de bras, qui refusent d’être réduits à des chiffres ou à des slogans.

Cette crise nous a aussi appris une chose essentielle : la meilleure communication, la meilleure publicité, c’est la réalité — votre réalité — lorsqu’elle est montrée avec honnêteté et expliquée avec rigueur. Ce sont vos histoires, vos pratiques, vos contraintes, vos réussites — mises en lumière sans artifices dans les médias, traditionnels et sociaux — qui ont permis de rétablir une part de vérité dans l’espace public.

Nous devons nous souvenir de cette force collective. Elle a contribué à refermer, au moins en partie, le clivage artificiel entre la FMOQ et les médecins du terrain.

Ce que nous avons traversé ensemble doit nourrir notre confiance mutuelle pour l’avenir.

Avoir la mémoire longue et avancer ensemble

Cela dit, cette crise a laissé des traces. Des blessures. Des fatigues profondes. Nous avons perdu des collègues. Combien exactement ? Nous ne le savons pas encore. Suffisamment pour que la pénurie de médecins de famille ne s’atténue pas. Certains ne souhaitent pas revenir, même si la Loi doit être modifiée. Il faut le reconnaître, tristement.

L’entente de principe nous place maintenant devant une responsabilité majeure : réussir la prise en charge volontaire de 500 000 nouveaux patients, dont 180 000 vulnérables. Ce défi est colossal. Il suscite des inquiétudes légitimes en vous, inquiétudes que nous recevons chaque jour : « Oui, mais moi, dans ma pratique… ». Ces préoccupations sont entendues. Et elles guideront nos travaux, soyez-en assurés.

Les comités de mise en œuvre et de suivi joueront un rôle déterminant. Il faudra définir un modèle de rémunération capitatif juste, équilibré, capable de reconnaître la contribution de tous les types de pratiques. Il ne s’agira pas de « donner la même chose à tous », mais de reconnaître équitablement des réalités différentes — sans laisser personne derrière.

Avancer exigera de la transparence, de la souplesse et de la solidarité. Il n’y aura pas de solution parfaite. Mais il y aura des choix responsables, faits ensemble, dans le respect des engagements pris et des capacités du terrain.

Nous ne souhaitons jamais revivre une crise comme celle de 2025. Mais si celle-ci a démontré une chose, c’est notre capacité collective à nous tenir debout, à prendre la parole et à agir ensemble lorsque l’essentiel est menacé.

Que cette épreuve renforce notre confiance en nous, en notre profession et en notre rôle fondamental auprès de nos patients.

Panser nos blessures, oui. Mais surtout, penser ensemble notre futur.

 

Le 01 février 2026

Marc-André Amyot

Président de la FMOQ,
Dr Marc-André Amyot