Éditorial

Reconstruction printanière

Marc-André Amyot | 1 mars 2026

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Il y a encore quelques semaines, nous subissions depuis des mois une instrumentalisation politique sans précédent de notre profession et un effritement de nos liens de confiance envers les institutions. Sans verser dans un optimisme naïf — et en étant pleinement conscients des réalités difficiles du terrain et des immenses défis d’inscription à venir — en ce printemps 2026, nous pouvons constater que nous sommes déjà ailleurs. Nous sommes à reconstruire.

Dans cette ère post-loi no 25, je proposais le mois dernier de « penser le futur ». Et ce futur passera par les trois mêmes piliers que nous avions identifiés bien avant cette saga : une collaboration réelle, la dépolitisation des règles qui régissent notre pratique quotidienne et une meilleure intégration des soins au sein d’équipes complètes et complémentaires.

L’incontournable collaboration

Le seul moyen d’obtenir des résultats tangibles et durables pour la population est d’écouter les acteurs du terrain et de les impliquer dans les solutions. Bref, de collaborer pleinement, comme nous l’avons toujours proposé.

Nous en avions fait la démonstration en 2022 avec la mise en place du GAP, une initiative issue des médecins de famille et appuyée par des mesures gouvernementales structurantes. Ce projet a permis d’offrir plus d’un million de rendez-vous supplémentaires par année à des patients orphelins ou inscrits collectivement.

Nous semblons aujourd’hui revenir à cette collaboration es­sentielle avec les dirigeants du réseau et la nouvelle ministre de la Santé, une infirmière de profession qui a œuvré à tous les niveaux du réseau et qui croyait à la cogestion lorsqu’elle dirigeait un CIUSSS. Pour la suite, chacun devra mettre l’épaule à la roue, y compris les médecins de famille.

C’est dans cet esprit qu’un comité de mise en œuvre de l’Entente signée avant les Fêtes a été créé. Autour de la même table siègent le MSSS, le Conseil du Trésor et son bureau de négociation, la FMOQ, Santé Québec, les DTMF et la RAMQ. L’objectif est de lever les obstacles administratifs et d’assurer l’atterrissage concret des mesures. Les dossiers sont complexes et les embûches réelles, mais la volonté d’avancer est au rendez-vous.

La dépolitisation du cadre GMF

La reconduction du programme GMF pour cinq ans constitue l’un des gestes les plus significatifs du retour à des échanges constructifs. Cela signifie la fin des incertitudes récurrentes : renouvellements précaires, embauches retardées, exigences modifiées à quelques semaines de préavis. Une plus grande prévisibilité permettra aux cliniques de planifier, d’organiser et de consolider leurs équipes.

Nous réaffirmons aussi la volonté de renforcer le travail interprofessionnel, avec des financements plus souples et suffisants, mais également une imputabilité réciproque dans le respect des engagements.

Nous travaillons fort, en collaboration avec les autorités du ministère, pour que ce soit le programme qui s’adapte aux réalités du terrain et non votre pratique qui s’adapte au programme. Pour refléter les efforts d’inscription et ajuster les ressources professionnelles en conséquence, le MSSS procédera à deux lectures du nombre d’inscriptions : le 15 mars, sur la base des engagements, puis le 31 août, sur la base des inscriptions réelles. C’est une façon concrète de reconnaître l’apport de l’ensemble des professionnels dans l’amélioration de l’accès aux soins.

Une meilleure intégration des soins

Dans le cadre du projet de loi 15 modifiant le Code des professions, la FMOQ a déposé à la mi-février un mémoire à l’Assemblée nationale afin de promouvoir une meilleure intégration des soins, une optimisation des ressources et un encadrement plus clair des rôles et responsabilités.

Notre objectif est que l’expertise du médecin de famille soit pleinement reconnue et harmonisée avec celle des autres professionnels. Le travail en équipe au sein des cliniques est non seulement sécurisant et apprécié, mais il améliore l’efficacité et la qualité des suivis longitudinaux.

Avec une collaboration renouvelée, des règles moins politisées et des équipes mieux intégrées, nous pouvons envisager l’avenir avec un espoir lucide.

Le futur commence maintenant. Il reste fort à faire, mais nous avons à tout le moins des éléments clés en main pour offrir davantage de soins de qualité, au bénéfice des médecins de famille, des travailleurs de la santé et de la population du Québec. Lorsque les règles sont claires, que les responsabilités sont assumées et que la collaboration est réelle, la première ligne peut livrer.

C’est sur cette base que nous poursuivrons.

 

Le 01 mars 2026

Marc-André Amyot

Président de la FMOQ,
Dr Marc-André Amyot