Éditorial

Je me souvien...drai

Marc-André Amyot | 1 avril 2026

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Ça aura pris moins de trois mois pour rebâtir des ponts avec ce gouvernement.

Loin des flashs des caméras, sans invectives, menaces ou bâillons, et en collaboration avec les partenaires du réseau, vous avez continué à prendre les choses en main sur le terrain, au bénéfice de la population.

Il reste cependant fort à faire.

L’inscription de nouveaux patients n’est pas une mince affaire. C’est un pari exigeant, mais à notre portée. En plus de la pénurie de médecins de famille qui sévit depuis trop longtemps, plusieurs collègues ont quitté le Québec ou ont pris leur retraite anticipée après l’adoption de la loi 2. Nous avons fait plusieurs pas en arrière alors que nous avions besoin de toutes nos forces vives pour aller de l’avant.

L’année 2025 aura été un gâchis de temps, d’énergie et de ressources. Je ne reviendrai pas sur cet épisode historiquement contreproductif. La démonstration est aujourd’hui claire : les résultats positifs reposent d’abord sur la collaboration, la confiance et des mesures incitatives, et non sur des données manipulées, un langage guerrier ou des pénalités.

Objectifs : 180 000 et 500 000

Chaque jour, vous donnez le meilleur de vous-mêmes, avec vos équipes.

En moins de trois mois, la quasi-totalité des patients prioritaires identifiés par le ministère ont été attitrés à un groupe de médecine de famille ou inscrits individuellement. Vous vous êtes rapidement mobilisés pour améliorer l’accès au réseau, et des résultats commencent déjà à s’observer.

L’objectif d’inscrire volontairement 500 000 patients d’ici le 30 juin est ambitieux dans un contexte où le Québec manque de médecins de famille. Chaque effort comptera d’ici là. Chaque inscription fera une différence. Nous avons déjà démontré que, lorsque nous avançons ensemble, les résultats suivent. Cela continuera cependant d’exiger un soutien adéquat, des ressources supplémentaires, une réorganisation de la première ligne et, surtout, de la collaboration à tous les niveaux.

Malgré les obstacles, des progressions notables ont été constatées dans plusieurs régions du Québec. Certaines réalisent de véritables tours de force en ce moment et démontrent que c’est possible. J’ai donc espoir, surtout si nous maintenons collectivement cet élan au cours des prochains mois. Non seulement par rapport à l’inscription des 500 000 patients, mais aussi en vue du passage vers une rémunération médicale constituée à 50 % de capitation. L’effort collectif actuel met la table pour la suite des choses.

Certes, la modélisation de cette capitation prend du temps. C’est normal : notre profession est éminemment complexe. Nous avons tous hâte d’en arriver à un résultat gagnant pour les médecins, le gouvernement et surtout pour nos patients.

La FMOQ s’engage à vous proposer un modèle attrayant, dans lequel les médecins de famille pratiquant en première ligne, en deuxième ligne ou dans une pratique spécifique y trouveront leur compte. Chaque médecin de famille a sa place au Québec, et nous ne comptons oublier personne en chemin.

Une profession à revaloriser de toute urgence

Dans tous les secteurs de pratique, notre profession a été mise à rude épreuve l’an dernier. On l’a senti chez les médecins de famille en exercice et chez les résidents. Aujourd’hui, ce sont les étudiants qui nous en font la démonstration. Lors du premier tour de jumelage du CaRMS, 146 postes de résidence en médecine de famille au Québec n’ont pas été pourvus. Une véritable hécatombe dont les effets se feront sentir pendant des années si le deuxième tour ne s’avère guère plus rassurant.

L’acharnement à l’égard de la charge de travail des médecins de famille — soi-disant trop faible —, un discours les transformant en éternels boucs émissaires et une loi déconnectée du réel, adoptée sous bâillon, ont causé des dommages irréparables dans leur sillage, même si le vent a fini par tourner. Cette loi demeure un drame qu’on aurait collectivement préféré éviter. Qu’on aurait dû éviter.

La santé demeurera un terrain hautement miné et politisé. Mais à trop s’aliéner les médecins de famille d’un gouvernement à l’autre, c’est la santé de la population qu’on fragilise. Il faudra que les politiciens et certains commentateurs médiatiques et analystes s’en souviennent. Nous, nous nous en souviendrons.

Malgré les reculs ponctuels et les défis considérables devant nous, j’ai confiance.

J’ai confiance en nos médecins de famille et en leur capacité de rebond.

Parce que lorsque les médecins de famille peuvent exercer pleinement leur rôle, c’est toute la population qui en bénéficie… et nos politiciens aussi.

Ça aussi, il faudrait s’en souvenir.

 

Le 1er avril 2026

Marc-André Amyot

Président de la FMOQ,
Dr Marc-André Amyot