Éditorial

Une fenêtre d'opportunité grande ouverte

Marc-André Amyot | 1 juin 2026

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On ne se mentira pas : la modernisation en cours du mode de rémunération en première ligne suscite chez les médecins de famille du Québec des questionnements et des inquiétudes légitimes. Nous vous entendons et en tenons compte dans les travaux en cours.

Il s’agit d’une réforme importante, où certaines façons de faire construites au fil du temps — par habitude ou par nécessité — seront appelées à évoluer.

C’est aussi un changement structurant et incontournable, qui vise à mieux soutenir la pratique réelle des médecins de famille et, ultimement, à mieux servir les Québécois.

Malgré les préoccupations soulevées et les ajustements à venir, trois éléments ouvrent une fenêtre d’opportunité importante pour notre profession et pour le réseau :

  • Un engagement soutenu des médecins de famille envers leurs patients et leur profession ;
  • Une collaboration réelle entre les partenaires impliqués dans les travaux en cours ;
  • Une marge limitée mais raisonnable pour bonifier les différents secteurs de pratique de manière équitable.

Il y a à peine quelques mois, dans le contexte que nous avons traversé collectivement, il aurait été difficile d’imaginer que nous serions aujourd’hui aussi mobilisés, engagés dans l’action et capables de travailler dans un dialogue aussi fructueux. Pourtant, nous y sommes. Et nous avançons.

Un engagement soutenu

Depuis l’entente de principe de décembre dernier, où nous avons pris l’engagement d’inscrire 500 000 patients supplémentaires — dont 180 000 patients vulnérables — d’ici le 30 juin, vous vous êtes mobilisés rapidement, malgré une pénurie toujours plus importante de médecins de famille sur le terrain.

Rien n’est encore gagné. Il reste beaucoup de travail à faire. Mais nous sommes en mouvement.

Au cours des dernières semaines, vous avez contribué de nombreuses façons aux réflexions entourant les modalités du nouveau mode de rémunération : en prenant le temps de vous informer, de transmettre vos préoccupations, de participer aux consultations de vos associations et aux échanges avec la Fédération.

Cette participation s’est également exprimée lors du Conseil général du 2 mai dernier, où les 150 délégués de la Fédération ont adopté une résolution exigeant des partis politiques de tenir compte de la pénurie de médecins de famille dans tout engagement électoral touchant l’accès aux soins et services de première ligne. Ce message collectif est important. Il rappelle que les enjeux d’accès aux soins ne peuvent être dissociés des réalités concrètes de pratique sur le terrain.

Vous avez également participé en nombre record au Congrès des membres « Ensemble pour bâtir demain » les 7 et 8 mai derniers — démontrant encore une fois votre engagement envers vos patients et notre profession.

Malgré l’adversité des dernières années, votre mobilisation est remarquable et demeure, pour moi, profondément encourageante.

Une véritable collaboration

De mon expérience fédérative personnelle, ce que nous vivons actuellement est relativement rare. Sur plusieurs dossiers majeurs depuis le début de l’année, une collaboration réelle s’est instal­lée entre les différents partenaires impliqués, dans le respect des rôles et des expertises.

Que ce soit avec le MSSS, le Secrétariat du Conseil du Trésor, Santé Québec, les DTMF ou la RAMQ, nous constatons une volonté de s’attaquer concrètement aux problèmes, avec davantage de dialogue et de transparence.

Cela ne signifie pas que tout est simple ni que tous les enjeux sont réglés. Les discussions demeurent exigeantes. Mais le climat actuel permet enfin de construire.

Une marge limitée, mais raisonnable

Malgré les incertitudes qui accompagnent encore la modélisation des paramètres du futur modèle, nous savons déjà que l’ensemble des secteurs de pratique devra être pris en compte dans les travaux à venir.

Nous l’avons dit : aucun secteur ne sera laissé de côté.

Les marges de manœuvre demeurent limitées, mais raisonnables pour mieux reconnaître les différentes réalités de pratique et soutenir l’offre de soins à la population. Le contexte n’est pas parfait. Il ne le sera jamais complètement. Mais l’élan, lui, est bien réel.

Cette fenêtre d’opportunité ne règlera pas tout à elle seule. Mais elle nous donne la possibilité de bâtir quelque chose de plus cohérent, de plus durable et davantage ancré dans la réalité actuelle de la médecine de famille.

Cette occasion-là, nous devons la saisir.

 

Le 1er juin 2026

Marc-André Amyot

Président de la FMOQ,
Dr Marc-André Amyot