Nouvelles syndicales et professionnelles

Lieu de pratique atypique
Recevoir ses patients chez soi

Nathalie Vallerand | 1 septembre 2026

Télécharger cet article

Reproduction, adaptation ou distribution du PDF interdite.

En 2026, des médecins exercent encore à leur domicile, mais plus comme autrefois.

Lorsque le Dr Daniel Carrier passe de sa maison à son cabinet, il lui suffit de franchir une porte. Médecin depuis 36 ans, il exerce bel et bien chez lui, à Saint-Prime, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Toutefois, il ne reçoit pas ses patients dans sa résidence. Enfin, pas tout à fait : depuis le début de sa pratique, en 1990, sa clinique médicale est aménagée dans une annexe attenante à sa maison. « Je n’ai même pas à sortir dehors », dit-il.

À première vue, rien ne laisse deviner que le bâtiment remplit à la fois une fonction résidentielle et professionnelle. À l’intérieur, la porte qui relie la clinique à la maison se trouve dans le secrétariat, à l’abri des regards, de sorte qu’elle demeure invisible pour les patients. « La plupart de mes patients de Saint-Prime savent que ma résidence et ma clinique partagent la même bâtisse. Cependant, parmi ceux qui viennent d’autres municipalités, plusieurs sont encore surpris de l’apprendre », raconte le médecin. Sa clinique, qui compte aujourd’hui quatre médecins, fait partie du GMF Les Myrtilles du Lac.

Pourquoi avoir fait ce choix ? « Lorsque j’ai terminé mes études en médecine, je cherchais à m’établir dans une municipalité où il n’y avait pas de médecin. Justement, l’unique médecin de Saint-Prime s’apprêtait à quitter. Comme mon épouse, Janic Beaumont, est également mon adjointe administrative, il était pratique d’avoir notre résidence et la clinique sous le même toit. »

Le Dr Philippe Aubin, de Maria, en Gaspésie, a lui aussi choisi d’exercer à domicile. Il a toutefois pris cette décision beaucoup plus récemment, il y a quatre ans, après 33 années de pratique. « Quand j’ai commencé à exercer, la norme était de louer un espace de bureau. J’ai donc fait comme tout le monde. Puis la pandémie est arrivée, et ma secrétaire s’est mise au télétravail. En voyant son grand bureau vide, j’ai eu un déclic et j’ai décidé de m’installer chez moi. » À l’instar du Dr Carrier, il a fait construire une annexe reliée à sa maison.

Les bons côtés

Dans sa clinique, le Dr Aubin a créé un environnement propice au bien-être et à la confidentialité : plantes, vitrail, boiseries et vue sur la mer contribuent à l’atmosphère des lieux. « Quand je suis dans mon bureau, j’éprouve le bonheur d’exister et d’exercer la médecine. Et je souhaite que mes patients ressentent eux aussi un sentiment de bien-être et de confiance lorsqu’ils y entrent. D’ailleurs, plusieurs me le disent. »

À l’inverse, lorsqu’il assure des plages de consultation sans rendez-vous dans d’autres installations du GMF Baie-des-Chaleurs, il se retrouve parfois dans des bureaux impersonnels et peu accueillants. Une réalité qui lui fait apprécier d’autant plus son statut de propriétaire, qui lui permet de recevoir ses patients dans un environnement à son image.

De son côté, le Dr Carrier se félicite lui aussi d’être propriétaire. « Je peux prendre moi-même les décisions concernant l’aménagement et les rénovations. Je n’ai pas d’autorisations à demander à personne. »

Autre avantage : comme la clinique est directement reliée à la maison, il n’a jamais eu besoin d’aménager un bureau dans la partie résidentielle, lui qui a élevé sept enfants. « Quand j’ai de la paperasse à faire le soir, je traverse simplement à la clinique. C’est pratique. »

Cette configuration a favorisé la conciliation du travail et de la vie familiale lorsque ses enfants étaient jeunes. « Même si une gardienne s’occupait des enfants, ma conjointe devait parfois quitter son poste à la clinique pour aller régler une chicane ou un problème du côté résidentiel, puis revenir à ses fonctions d’adjointe administrative. Quand il n’y avait pas de patients, les enfants venaient aussi me voir à la clinique de temps à autre. C’était vraiment important pour moi d’être un père présent. Le fait d’avoir ma résidence et ma clinique sous le même toit a beaucoup facilité les choses. »

Grandir dans cet environnement a d’ailleurs suscité des vocations. Le Dr Carrier compte parmi ses enfants une médecin de famille, la Dre Ann-Julie Carrier, qui exerce à sa clinique, ainsi qu’un fils psychiatre, le Dr Jean-Daniel Carrier.

Un médecin comme voisin

Le fait d’avoir sa clinique et sa maison au même endroit augmente-t-il les risques de voir des patients cogner à la porte à toute heure ? « Depuis le début de ma pratique, je peux compter ces situations sur les doigts de mes deux mains, répond le Dr Daniel Carrier. Au départ, des collègues m’avaient mis en garde. Selon eux, ma vie privée risquait d’être envahie. Mais cela ne s’est pas produit. Les rares personnes qui se sont présentées à l’improviste pour une consultation non urgente, je leur ai demandé de revenir pendant les heures d’ouverture de la clinique. Évidemment, je n’ai jamais refusé de porter assistance lorsqu’il s’agissait d’une situation urgente, comme la fois où un voisin a perdu connaissance après s’être frappé la tête sur le rebord de sa piscine. »

Le Dr Philippe Aubin abonde dans le même sens. « Croiser des patients à l’épicerie fait partie de la vie en Gaspésie. Dans l’ensemble, les gens sont respectueux. En fait, le “pire” qui me soit arrivé, c’est un patient qui venait parfois cogner à ma porte pour m’offrir des maquereaux fraîchement pêchés ! Vous comprendrez que c’était plutôt très sympathique. »